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Scolarité

Avez-vous déjà songé à voir une psychopédagogue ?

Brigitte Prot, psychopédagogue et coach scolaire, répond à nos questions.

Qu’est-ce qui pousse les parents à vous envoyer leurs enfants ?

Brigitte Prot : Chaque situation est unique, mais on peut quand même déceler de grandes tendances. Les parents des élèves du cycle 2 cherchent en général une réponse à trois questions. D’une part, ils sont préoccupés par les difficultés d’attention de leurs enfants, qui ont du mal à rester centrés sur eux-mêmes. D’autre part, ils s’inquiètent de leurs difficultés à comprendre les consignes de leur enseignant et craignent donc qu’ils n’accèdent pas à l’apprentissage. Enfin, beaucoup constatent que leur enfant est stressé, qu’il a peur de ne pas être à la hauteur, qu’il trouve que son maitre crie trop souvent et qu’il se sent inhibé.

Ces craintes sont-elles justifiées ?

B.P. : Souvent les parents ont d’abord besoin de se rassurer. Depuis quelques années, l’augmentation des demandes de consultation me laisse penser qu’ils se sentent déboussolés. D’un côté, ils sont soumis à des injonctions de vitesse et de performance. De l’autre, ils constatent les effets de la crise économique. Un échec scolaire dès les petites classes les inquiète : ils voient le ratage des diplômes et le chômage à l’horizon, et, bien sûr, ils culpabilisent : « Est-ce que je fais assez bien pour mon enfant ? Est-ce que je lui donne toutes ses chances ? » Ils comparent aussi les résultats de leur enfant à ceux des autres, ce qui augmente encore leur angoisse. Du coup, certains veulent voir un spécialiste dès le premier accroc, ce qui ne se faisait pas il y a vingt ans. À l’époque, en cas de petit problème à l’école, une discussion avec l’enfant et l’enseignant pouvait lever les doutes. Aujourd’hui, beaucoup de parents ont tout simplement oublié que la vie scolaire n’est jamais linéaire. Il peut y avoir des périodes plus difficiles que d’autres, des matières dans lesquelles l’enfant est moins à l’aise et des variations de notes, sans que cela présage de l’avenir de l’élève.

Les élèves du primaire sont nés dans un monde que leurs ainés ont découvert sur le tard : celui du numérique. Ce décalage a-t-il des conséquences sur leur vie scolaire ?

B.P. : Certainement, les spécialistes le notent très clairement. Depuis quelques années, on assiste à un tournant très net avec l’arrivée en cycle 2 des digital natives de la troisième génération, celle des réseaux sociaux. Les enfants y accèdent plus jeunes que leurs grands frères ou grandes sœurs, et ils ont modifié considérablement les ambiances familiales. Les neurosciences sont d’ailleurs en train de constater les mutations sur le cerveau qui s’ensuivent. À l’école, ces jeunes élèves connaissent plus de problèmes de concentration. L’apprentissage lui-même en est bouleversé.

Comment ?

B.P. : Par exemple, il est difficile de dire à un enfant qu’il lui faut mémoriser une leçon. Pour lui, la mémoire, c’est celle de son ordinateur. Pourquoi devrait-il apprendre un poème de Victor Hugo, alors qu’il peut le retrouver n’importe quand sur Internet avec un simple effleurement de son doigt sur un clavier ? Pourtant apprendre et aller chercher une information sur un moteur de recherche sont deux choses différentes. L’apprentissage se fait étape par étape alors qu’Internet propose une réponse immédiate. Le passage de l’inconnu au connu est désormais brouillé, et nous voyons apparaitre la première génération d’élèves confrontée à ce problème…

On ne peut pourtant pas revenir en arrière…

B.P. : Non, mais les cycles 2 et 3 sont de bons moments pour habituer les enfants à prendre le contrôle de leurs écrans. Plus tard, vers 13 ans, c’est plus difficile et les risques d’addiction apparaissent. Je conseille donc aux parents d’exercer une vigilance sur le temps d’ordinateur quotidien ou hebdomadaire, tout en aidant leur enfant à en garder lui-même le contrôle. Ils doivent en accompagner l’usage en l’aidant, par exemple, à choisir des sites précis qui favorisent l’apprentissage. Ils doivent aussi arrêter de penser que si leur enfant n’a pas les mêmes jeux vidéo que ses copains, il sera exclu de la bande. C’est faux.

Et en classe ?

B.P. : Certaines écoles de cycle 2 expérimentent l’écriture par SMS et tweets. Mais elles articulent toujours cet apprentissage avec des situations de communication physique sans outil numérique. Les enfants peuvent trouver plus simple d’écrire sur un clavier ou d’apprendre sur un écran – ce qui est vrai car beaucoup de vidéos sont très bien faites – mais je n’en ai jamais rencontré aucun qui n’ait pas aussi envie d’accéder à autre chose. Ils se sentiraient blessés de ne pas savoir écrire à la main !

Comment se déroule votre coaching ?

B.P. : Je commence par repérer les atouts et les compétences de l’enfant, notamment en me renseignant auprès de son enseignant. Par exemple, je cherche dans quel domaine est rapide un élève qui ne suit pas le rythme de la classe et se voit considéré comme trop lent. Puis je repère ses freins pour trouver une réponse à chacun d’eux. S’il me dit que la maitresse crie, je contacte l’enseignant pour lui dire qu’il est particulièrement sensible à sa voix… En séance, j’alterne la parole, le dessin, l’écriture, tous les moyens qui permettent à l’enfant de s’exprimer et à moi de cerner ses points forts et ses freins. Par exemple, à un enfant qui a des problèmes d’orthographe et en a honte parce que ses parents ne parlent que de ça, je ferai retravailler sa dictée fautive, en lui apprenant à la relire et à se concentrer. J’adapte ma méthode à chaque enfant, mais toujours dans le même but : valoriser les points forts et chercher ce qui freine. Après chaque séance, je reçois les parents pour un compte rendu et je propose des activités à réaliser à la maison. J’entretiens aussi un contact avec son enseignant. Dans tous les cas, je dois m’assurer de la cohérence du trio père-mère-professeur. Il est essentiel que chacun ne donne pas des consignes et des appréciations différentes à l’enfant…

CET ARTICLE A ETE ECRIT PAR - Brigitte PROT

Brigitte Prot est enseignante et formatrice à l’Institut Supérieur de Pédagogie de Paris.

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Parution le 25 août 2021

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